(Pour une) bonne rentrée!

vendredi 21 août 2020

D’ici lundi prochain, la rentrée aura eu lieu dans tous les cantons romands. Ces derniers annoncent les uns après les autres les mesures qui seront appliquées dans les écoles pour éviter une deuxième vague de Covid-19. Et dans les Eglises, à quoi ressemble cette rentrée ? Eh bien, c’est compliqué !

Voilà bientôt 6 mois que nous sommes entrés de plein fouet dans la crise du coronavirus. Semi-confinement, fermeture des écoles et des Eglises (de fait), soins intensifs à la limite de leurs capacités, des dizaines de morts par jour… Il a fallu accuser le coup ! Et les Eglises ont non seulement tenu bon, mais ont aussi pu manifester leur vocation autour d’elles, par la solidarité, le service, le soutien, etc. Et elles ont remarquablement appliqué les consignes de protection, ce qui leur a permis d’éviter, Dieu merci, de devenir des foyers d’infection.

Mais, voilà que la rentrée s’annonce compliquée : le fossé se creuse, me semble-t-il, entre d’un côté les tenants d’une approche sanitairement très stricte qui souhaitent rester « au pied de la lettre » et de l'autre côté un mouvement de méfiance, voire de défiance ouverte, envers l’Etat et les mesures sanitaires qui sont jugées disproportionnées voire inutiles, parfois sur fond de complotisme.

Besoin de sécurité contre besoin de liberté ? Ou besoin de vivre ?

Entre risque zéro et laisser-aller, il s’agit de trouver une voie médiane… Entre ces deux injonctions contradictoires, il me semble que le besoin actuellement le plus urgent est celui… de vivre !

Et particulièrement de (re-)vivre la communauté. Est-il utile de rappeler que cela est tout à fait possible dans les circonstances actuelles? Que ce soit en espaçant les chaises ou alors en portant tous le masque, les rencontres sont non seulement permises, mais tout à fait souhaitables. Parce qu’elles sont constitutives du vécu de notre foi. Que ce soit dans la salle de culte ou dans les groupes de maison, l’apport de l’échange direct (de nouvelles, d’idées, d’entraide, de prière) est irremplaçable. Cela n'implique pas qu'il faille arrêter la diffusion en ligne (streaming) de nos cultes, car tous ne peuvent pas forcément participer à un rassemblement, mais privilégier son utilisation en groupe de maison par exemple.

Vivre, c’est aussi sortir consciemment de l’urgence. Nous avons vécu, je le disais, une véritable série de chocs au fur et à mesures des annonces du gouvernement et des restrictions qui ont suivi. Cela nous a placés dans un état de survie, ou en tout cas de vigilance accrue. Or, cet état ne peut pas être maintenu très longtemps… Nous devons sortir de l’urgence, parce que le Coronavirus est encore là pour bien quelques mois. Nous devons nous réhabituer à vivre ce qui est possible de vivre, en Eglise notamment, et ne pas nous maintenir dans une forme de retenue, d’attente que ça soit fini ou de peur déraisonnable. Parce qu’alors, rien n’aura vraiment de saveur, de force, et nous risquons l’épuisement ou la lassitude. Il est essentiel de refaire des projets, de lancer des idées nouvelles, de se revoir de manière différente…

Quand le confort nous trompe

Cet élan de vie devrait aussi avoir pour vertu de nous arracher des facilités que nous avons connues durant le semi-confinement : qui n’a pas trouvé pratique et confortable de pouvoir suivre un culte en ligne, à peine levé et en train de finir son café, ou alors à l’heure qui lui convient (ou si on a un moment…) ? J’avoue que je me le suis dit ! Le fait de ne plus nous rencontrer a même été, pour certains, un soulagement. Cela peut se comprendre, mais doit aussi nous interpeller : quel est l’état de nos relations fraternelles si le fait de les mettre en veille nous soulage à ce point ? Quoi qu’il en soit, le risque existe qu’au moment où les rencontres peuvent reprendre, nous nous trouvions comme happés par l’envie de confort qui s’est immiscée discrètement en nous.

Et comme avec toutes les zones de confort, quelque chose crie en nous qu’il ne faut pas en sortir… Le monde à l’extérieur serait dangereux et inconfortable ! Or, nous savons que c’est faux. Sortir de notre zone de confort est souvent la meilleure chose qui peut nous arriver ! Et cela est entièrement vrai lorsqu’il s’agit de renouer avec la rencontre « en présentiel » de nos frères et sœurs : « Ah, qu’il est doux », nous rappelle le Psaume… Mais cela ne devrait pas nous épargner la réflexion : de quoi avons-nous été soulagés et comment changer nos relations pour défaire durablement ces tensions qui ont été temporairement soulagées...

Bonne rentrée!

Alors, que ce soit lors du prochain culte, de la prochaine rencontre de groupe de maison, ou simplement derrière votre écran, toute l'équipe de la FREE vous souhaite une bonne rentrée 2020! De bonnes choses nous attendent dans ce deuxième semestre!

  • Encadré 1:

    Tous masqués?

    Une petite note encore au sujet du masque : alors que nous avons dû nous habituer à le porter dans les transports publics et plus récemment dans les magasins et dans les écoles supérieures, pourquoi ne pas y songer aussi pour nos rassemblements ?

    En effet, le port généralisé du masque permet non seulement de chanter sans restriction, mais aussi de réutiliser nos salles de culte dans leur configuration d’origine et d’accueillir donc autant de monde qu’avant la pandémie. Sans parler du fait qu'il permet une protection maximale envers les personnes à risques. Ce qui paraissait être un obstacle psychologiquement insurmontable il y quelques mois encore ne devient-il pas finalement un avantage pour retrouver une certaine normalité ?

Philippe Thueler

Secrétaire général de la FREE, Philippe est marié, a 4 enfants et habite à Echallens.

A voir également

  • Regard d’un pasteur sur les abus en Église Regard d’un pasteur sur les abus en Église

    Suite à un de ses articles dans la presse, le pasteur Jean-René Moret a été interpellé par une lectrice au sujet des abus sexuels en Eglise. Comment des hommes d'églises ont-ils pu profiter de la confiance qui leur était faite pour abuser d'enfants et de personnes vulnérables? Comment ont-ils pu oublier l'enseignement du Christ à ce point? Ce texte d'opinion est d'abord paru dans La Tribune de Genève du 31 mars 2025.

  • Genève : les Églises évangéliques pas toutes alignées sur la question de la relation à l'État Genève : les Églises évangéliques pas toutes alignées sur la question de la relation à l'État

    Pour organiser un événement cultuel dans l'espace public, pratiquer l'aumônerie dans un établissement public ou encore bénéficier d'un prélèvement de la contribution religieuse volontaire, les Églises genevoises doivent désormais signer une « déclaration d'engagement ». Or deux articles de celle-ci crispent certains évangéliques. Le point avec Philippe Henchoz, pasteur de l'Église évangélique de Meyrin (FREE) et orateur d'une rencontre organisée par le Réseau Évangélique de Genève autour de la question des relations entre l'Église et l'État.

  • Leur force, c’est la flexibilité Leur force, c’est la flexibilité

    En février 2025, la pastorale de la FREE s’est penchée sur l’accompagnement des jeunes de la « génération Z », ceux qui sont nés entre 1998 et 2012. Pour cette génération, l’accueil et les relations sont des valeurs prioritaires.

  • Prévention des abus en Eglise: « Il est crucial d’encourager une saine vigilance » Prévention des abus en Eglise: « Il est crucial d’encourager une saine vigilance »

    Décembre dernier, deux affaires ont choqué et interpellé dans le milieu évangélique. A Paris, un pasteur évangélique a été destitué pour faute morale grave et deux plaintes courent contre lui. Et un ex-pasteur et bloggeur a été condamné pour atteinte sexuelle sur personne mineure de plus de quinze ans. Comment expliquer de tels agissements, alors que le message chrétien est centré sur le respect et l'amour du prochain? Comment mieux les prévenir? Entretien avec le pasteur et sexologue André Letzel*. Son épouse Myriam est coordinatrice du service Stop Abus du CNEF, qui propose un accompagnement aux victimes.

  • Jacques Ellul, prophète pour le XXIe siècle ? Jacques Ellul, prophète pour le XXIe siècle ?

    Jacques Ellul (1912-1994) était un historien du droit, un sociologue et un théologien protestant français. À l’occasion des trente ans de son décès, la HET-PRO a organisé une « Journée d’étude Jacques Ellul », le samedi 23 novembre 2024. Dans cet article, le docteur en éthique théologique Jacob Marques Rollison montre comment les écrits de Jacques Ellul restent actuels. En particulier, Ellul propose aux chrétiens de développer des comportements prophétiques au sein de notre société. [Cet article a d'abord été publié dans Vivre (www.vivre.ch), le journal de la Fédération romande d'Églises évangéliques.]

Please publish modules in offcanvas position.