Dans une lettre de lecteur en réponse à une précédente chronique, Mme Ghislaine Rudaz m’interpelle au sujet des abus sexuels en Église. Beaucoup en a été dit, mais peut-être mon regard de pasteur peut-il être utile.
Comment des hommes d’églises ont-ils pu profiter de la confiance qui leur était faite pour abuser d’enfants et de personnes vulnérables ? Comment ont-ils pu oublier l’enseignement de Jésus, selon lequel mieux vaudrait être jeté dans le lac avec une meule de moulin autour du cou, plutôt que d’être une occasion de chute (un scandale, littéralement) pour un plus petit ?
Prendre ses désirs pour des besoins
Derrière les abus en tous genres, il y a un refus des limites. Vouloir être tout-puissant, obtenir tout ce que l’on veut. C’est tentant pour tout le monde, mais certains acceptent les limites mises par la loi, la morale et le respect du prochain, tandis que d’autre les franchissent et les contournent. En parallèle, il y a une tendance à prendre ses désirs pour des besoins et faire de ses besoins des droits. «J’en ai besoin», aurait dit l’Abbé Pierre en pressant une femme d’accepter ses attouchements. Et les abuseurs profitent des situations de confiance et d’autorité, et de la proximité avec des victimes potentielles. Les ecclésiastiques combinent, ou combinaient, tous ces éléments qui facilitent un passage à l’acte pour une personne abusive.
Des cas qui choquent
Ces cas choquent particulièrement, parce que les auteurs devraient être les témoins de l’amour de Dieu, devraient manifester une vie exemplaire, et qu’à l’inverse ils ont blessé et trahi ceux qui leur étaient confiés. Ils choquent aussi et surtout par la manière dont ils ont trop souvent été couverts. Les autorités ecclésiale ont voulu garder secrets ces agissements, pensant éviter de faire du tort à l’image de l’Église et au message dont elle est porteuse.
Des personnalités de premier plan ont aussi été protégées pour leur valeur symbolique ou la qualité de leurs apports, tels l’Abbé Pierre. Là où Jésus avertissait qu’il n’est pas de secret qui ne doive être connu, enseignait que la vérité rend libre et appelait à mettre les choses en lumière, les autorités ont joué du secret et de la dissimulation. Mettre les choses sous le tapis ne fait qu’empirer le scandale qui finira par éclater. Et cela empêche de punir les coupables et de protéger les victimes.
Pardon pour la confiance brisée
Comment prendre au sérieux le message de Jésus-Christ au sérieux quand l’institution qui le porte ne le pratique pas mais le contredit à ce point ? Cependant, c’est dans ce message que se trouve l’antidote ; l’Église n’en a pas pris trop, mais trop peu.
Je ne sais pas si je suis en position de le faire, mais j’aimerais demander pardon aux victimes et au grand public. Pardon pour la confiance brisée. Pardon pour le message de Jésus-Christ obscurci. Pardon pour les douleurs et les souffrances. Pardon pour tous ceux qui ont protégé les coupables, l’institution et sa réputation au lieu de protéger les victimes. Pardon pour la naïveté face aux récidives. Pardon pour les mesures qui n’ont pas été prises.