Compte à rebours à l’Aéroport de Genève, par Jane Maire

vendredi 12 novembre 2010
Parfois dans la vie, tout semble aller de travers ! Histoire d’un oubli qui a torpillé le début de vacances qui s’annonçaient pourtant paisibles. Récit signé Jane Maire de l'Eglise évangélique l'Abri à la Neuveville.

C’était le 15 juin 2010.
Ils étaient si contents, assis-là dans le wagon restaurant du train intercity pour Genève-Aéroport, à siroter leur café, soulagés, en rêvant des 4 jours de vacances complètes qui commençaient ce jour-là.
En fait, ils venaient de vivre deux semaines assez renversantes. En plus du rythme accéléré qui souvent précède les vacances parce qu’on veut laisser les choses en ordre, juste finir ceci, peaufiner cela, s’était greffé l’exceptionnel, l’inattendu. Ils avaient appris l’existence d’un appartement à louer, visité quatre autres appartements, pris une décision et signé deux baux : un pour eux et un pour leur fille qui allait prendre un studio. Le repos, la nature les appelaient ; ils s’en réjouissaient.
Ils sont descendus du train et, après un arrêt dans un supermarché, se sont dirigés tranquillement à travers la gare vers l’étage « Départs » de l’aéroport. Il était 10h05 et le décollage était prévu à 12h05. C’était parfait, ou presque – une ampoule à l’arrière de la cheville de la dame commençait à lui faire mal ! Arrivée presque au bout de l’espace d’enregistrement, où se trouvent les guichets d’easyJet, la femme met sa main contre son ventre pour s’assurer que son sac à bandoulière est là et, horreur des horreurs, il n’y est pas ! Elle l’a oublié dans le train ! Elle le voit ! Son petit sac porte-documents qui contient leurs documents de voyage, leurs deux porte-monnaie, les cartes de crédit, les deux téléphones portables et tous les numéros de téléphone et adresses dont ils ont besoin en Angleterre. Il est 10h10.
« Reste ici avec les bagages », lance-t-elle à son mari encore sous le choc... Elle est déjà loin. Elle file à toute vitesse le long de l’espace d’enregistrement, à travers les portes tournantes, en bas des escaliers vers l’espace CFF. Là, elle continue jusqu’au dernier escalier roulant du quai numéro 4 qu’elle descend en volant. Elle arrive juste à temps... pour voir disparaître le train dans lequel se trouve son sac à main : « Non ! Ce n’est pas vrai ! »
Elle remonte l’escalier roulant en courant. A cet instant, plusieurs pensées se bousculent dans sa tête : « Nos quatre jours de vacances, on ne les aura pas. Le Seigneur sait combien nous en avons besoin. Mon sac partira aux ‘objets trouvés’. Je ne le verrai pas d’ici quelques jours et encore ! Non, le Seigneur ne permettra pas que ça arrive. Comment au monde va-t-il se débrouiller ? »
10h15. Elle arrive essoufflée chez « Monsieur Bagages » des CFF et, quelle chance, il n’y a personne devant elle ! Alors elle demande au monsieur si quelqu’un a apporté son sac. Il se lève, se dirige vers une caisse, regarde dedans… « Non, Madame, il n’y est pas. Il y avait quoi dedans ? » « Mon passeport, mes porte-monnaie, etc., etc. » « Ha ! Vous êtes vraiment maligne, vous ! » lui lance-t-il d’un air presque satisfait. « Voulez-vous faire une déclaration de perte ? » Elle a une idée : « Seriez-vous d’accord de téléphoner à la gare de Genève pour demander à votre collègue d’aller chercher le sac dans le train ? » Hésitation de quelques secondes, et il le fait. L’espoir renaît. Puis meurt. A Genève, pas question pour l’employé des CFF de quitter le bureau des bagages. Elle remplit la déclaration de perte.
Il est 10h30. Elle court rejoindre son mari, près des guichets d’embarquement d’easyJet. Il a l’air plutôt calme, ouf ! Elle lui fait part de la mauvaise nouvelle et, immédiatement, ils se mettent à annoncer la perte de leur Postcard et de leur carte de crédit.
Il est 10h45. « Il faut qu’on appelle mon numéro de natel ! lance-t-elle. Peut-être que quelqu’un va y répondre et nous saurons où est mon sac. » Lui : « Je l’ai déjà fait, mais jusqu’ici sans résultats. » Il essaie encore une fois. Ils se dirigent vers les guichets d’embarquement, se trouvent devant une jeune dame au regard sympathique et expliquent leur situation. « Auriez-vous une idée de ce que nous pourrions faire pour voyager quand même ? « Vous pouvez aller au poste de police de l’aéroport et vous faire faire un passeport provisoire. Cela coûte cher et prend au moins 40 minutes. A ce moment-là, l’enregistrement des bagages pour Bristol sera terminé. Vous n’avez pas le temps. Je suis désolée. » Impasse.
11h environ. Le mari a l’idée de téléphoner au Touring, puisqu’ils disposent du livret ETI. Pourraient-ils nous aider d’une façon ou d’une autre ? La réponse : « Si le voyage n’est pas entamé, pas question ! » Le visage de la femme s’illumine d’un coup : « On pourrait téléphoner à notre fille. Dans un quart d’heure, elle pourrait être à la gare de Neuchâtel et aller regarder dans le wagon restaurant ! » Leur fille accepte et file, tandis qu’eux se dirigent vers le bureau Information d’easyJet pour voir s’il y a un vol pour Bristol plus tard dans la journée. La réponse est négative. Par contre, il y a possibilité de changer de réservation pour Londres Gatwick au prix spécial de CHF 80 par personne, à la condition de le faire dans les deux heures qui suivent et qu’il y ait des places.
11h15. Lui essaie encore une fois d’appeler le natel de sa femme. ÇA REPOND ! « Oui, j’ai le sac. Je l’ai trouvé dans le wagon restaurant du train, en faisant le contrôle de tous les wagons, quand il est arrivé à Genève. Je suis à la gare. » Le mari court vers la gare de l’aéroport, tandis que la femme court au guichet d’enregistrement pour enregistrer les bagages avant qu’il ne soit trop tard. Elle tombe sur la même dame, qui accepte d’enregistrer les bagages de soute, en attendant que le mari arrive avec les passeports. Mais, désastre ! Les bagages partent sur le tapis roulant au moment même où le mari arrive… SANS SAC. « C’est à la gare de Genève-ville qu’il m’attend, pas à celle de l’aéroport ! »
La gentille dame est désespérée : « Me voilà maintenant dans de beaux draps, je n’aurais jamais dû faire cela ! » Nous aussi. « Attendez, j’ai une idée », dit-elle. Un coup de fil et les bagages sont stoppés avant que ce ne soit trop tard. Ouf !
Il est 11h30. Le mari court à nouveau vers la gare prendre le prochain train pour Genève. Sa femme part récupérer les bagages en bas, dans le secteur « Arrivées ». Ensuite elle retourne à l’Information d’easyJet et essaie de réserver deux places pour Gatwick. Pas question si on ne paie pas tout de suite ! Alors elle s’assied, pour la première fois depuis deux heures, et attend.
12h05, 12h10… « Bye bye, Bristol. » Et une petite prière : « Garde-nous deux places pour Gatwick »…
12h15. Elle aperçoit son mari, enfin ! Il agite le sac à main en l’air, un grand sourire au visage. A CET INSTANT MEME… elle entend le haut-parleur annoncer : « Le vol easyJet de 12h05 pour Bristol est en retard d’une heure et ne partira qu’à 13h05. »
Elle COURT, avec les deux valises, vers les guichets d’enregistrement, en faisant signe à son mari d’y courir lui aussi, et prend sa place dans la queue. Ils doivent attendre leur tour, et elle se dit : « Si je ne tombe pas sur la gentille dame d’avant, comment vais-je expliquer la situation en quelques secondes ? Une autre personne sera peut-être moins compatissante ! » Mais, pas de souci, ils tombent sur la gentille dame. Elle lève la tête et n’en croit pas ses yeux ! Encore EUX ? La femme présente sa requête : « Il y a encore 45 minutes jusqu’au décollage, serait-ce possible de prendre tout de même ce vol ??? »
La gentille dame hésite… puis prend le téléphone, deux fois, pour expliquer leur situation. Elle lève ensuite la tête avec un drôle de sourire : « Vous pouvez partir ! » Les agents d’easyJet aux guichets de chaque côté n’en croient pas leurs oreilles. Ils ont suivi l’aventure : « Et bien, vous en avez de la chance, vous ! »
« De la chance ? Je ne le crois pas », dit la femme. « Des coïncidences, il y en a eu un peu trop ! Ça, c’est signé Dieu. »
Plus tard, dans l’avion, la femme essaie de prendre conscience du moment présent : elle est là, dans l’avion pour Bristol, son sac à main posé sur la petite table devant elle. Elle le touche, ferme les yeux et repasse l’histoire dans sa tête, les rouvre pour encore regarder si c’est vrai.
Cette femme, c’était moi.

Jane Maire

P.S. Un merci inexprimable à la gentille dame et à l’employé des CFF de la gare de Genève. Sans votre grand cœur et votre bonne volonté, cette histoire aurait pris une tout autre tournure !

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