«Liberté de penser et respect réciproque: deux obligations pour éviter la guerre» par Christian Bibollet

Christian Bibollet lundi 26 octobre 2020

La décapitation du professeur Samuel Paty le 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine a suscité horreur et sidération. Christian Bibollet, spécialiste des questions relatives à l’islam à l'IQRI, affirme qu’à cause du Coran, lui-même, les conditions idéologiques pour de nouveaux attentats demeurent. A moins qu’une relecture soit faite, en Europe comme dans les pays musulmans, qui intègre la liberté de penser et le respect réciproque.

 

L’attentat terroriste de Conflans-Sainte-Honorine a instantanément provoqué les deux réflexes habituels : côté gouvernement, on réaffirme la nécessité de continuer d’encourager l’esprit critique chez les élèves ; côté associations musulmanes, on déplore des actes antirépublicains qui défigurent l’islam véritable et on organise des rencontres à la mosquée pour honorer la mémoire de la victime. Mais une fois l’émotion passée, on peut s’attendre à de nouveaux attentats du même genre, parce que les conditions du conflit demeurent.

Préserver la liberté de penser

La pratique du blasphème n’est pas « chrétienne ». L’apôtre Paul s’est toujours gardé d’insulter divinités et religions païennes rencontrées sur son chemin (voir Actes 19.37). Mais tout comme Jésus, il a appelé ses auditeurs à la réflexion. Il n’a jamais demandé à quiconque de croire sans question ni objection. Il n’a jamais non plus considéré comme insultant pour Dieu de chercher des explications à des questions difficiles. Et il a permis à ceux qui ne voulaient pas de son enseignement de le quitter sans les menacer. On peut dire, sans céder aux modes du jour, que Paul, comme Jésus, était un modèle de tolérance.

La grande difficulté des musulmans vivant en Occident aujourd’hui, c’est de ne pas avoir de modèles comparables. Mahomet lui-même avait pour principe « d’appeler à l’islam » les non-musulmans et de leur promettre la guerre s’ils refusaient de se convertir. Et, aujourd’hui encore, tout propos concernant Mahomet ou l’islam qui n’est pas exactement conforme aux enseignements du Coran et de la tradition islamique est considéré comme « blasphème ».

Cette intolérance fondamentale rend impossible l’idée de faire société ensemble. D’ailleurs, le Coran dissuade les musulmans de vivre dans les pays « mécréants », parce que leur foi pourrait en être altérée. Pour justifier un tel séjour, les raisons de force majeure sont, en principe, les seules admises : par exemple, des raisons commerciales et celle d’y faire avancer la cause de l’islam. Ainsi, il est plutôt conseillé aux musulmans de vivre dans les pays de tradition musulmane, là où ils peuvent pratiquer leur foi comme un système intégrant tous les aspects de leur vie familiale, commerciale et politique.

Les musulmans installés en Occident doivent donc choisir, en conscience, d’aller s’établir dans un pays musulman ou, s’ils restent en Occident, de faire l’apprentissage d’une conception de l’homme et de la société différente de celle promue par l’islam. Cette conception est celle que résume la déclaration des Droits humains : liberté d’opinion et de religion pour chaque individu (dans le respect des lois du pays), liberté de changer de religion, etc.

Outre l’impératif de respecter la liberté de penser de chacun, il faut prendre en compte une deuxième question qui est moins souvent évoquée : celle de la réciprocité de traitement.

Pratiquer le respect réciproque

Les musulmans, par exemple, peuvent construire des lieux de culte en Occident mais, sauf situation exceptionnelle, refusent ce même droit aux non-musulmans établis dans leurs pays. Les hommes musulmans peuvent épouser des femmes non-musulmanes mais les non-musulmans ne peuvent épouser de femmes musulmanes sans se convertir.

La question du « blasphème » fait aussi partie de cette question de réciprocité. On l’a vu, tout ce qui ne correspond pas à l’enseignement coranique sur Mahomet, Allah ou le Coran est considéré comme blasphématoire. Mais en adoptant des critères identiques, les chrétiens pourraient leur reprocher de « blasphémer » à plusieurs titres : ils ne reconnaissent au Christ ni sa filiation divine, ni sa mort expiatoire, ni sa résurrection. Ils dénoncent la Bible comme porteuse d’une multitude de faux enseignements et affirment que le texte a été falsifié pour en faire disparaître les passages annonçant la venue de Mahomet. Les chrétiens pourraient aussi s’offenser d’être traités de « chiens de mécréants » et les Juifs de « porcs et de singes », parce qu’ils n’adhèrent pas aux enseignements de Mahomet.

Imaginons un instant ce que deviendraient nos sociétés si les chrétiens et les Juifs, que ces propos offensent, allaient tuer leurs offenseurs. Or, non seulement cela n’arrive pas, mais des lois antidiscriminatoires protègent les musulmans vivant en Occident.

Comme le dit Jésus, une ville ou une famille divisée contre elle-même ne peut subsister. Si les musulmans souhaitent vivre en Occident, il leur revient d’en accepter les règles. Ils ont la liberté d’en critiquer les institutions, mais doivent s’attendre aussi à la critique de leur critique. Recourir à la violence et à la barbarie pour faire taire cet esprit critique ne fait qu’exacerber la méfiance vis-à-vis des musulmans et rendre leur situation personnelle en Occident toujours plus difficile.

Christian Bibollet

Opinion - avertissement

Les signataires de ces textes sont soit des membres de l’équipe de rédaction de lafree.ch soit des personnes invitées.
Chacun s’exprime à titre personnel et n’engage pas la FREE.

Publicité

Twitter - Actu évangélique

Journal Vivre

Opinion

Opinion

Agenda

Événements suivants

TheoTV (mercredi 20h)

25 novembre

  • «Dieu dans mes épreuves» avec Marjorie Waefler (One’Talk)
  • «Besoin d'amour» avec Gilles Geiser (Vitamine B)

2 décembre

  • «Une terre à nouveau fertile» avec Roger Zürcher (Ciel! Mon info)
  • «Entreprendre le changement» avec Damien Boyer (One’Talk)

TheoTV en direct

myfreelife.ch

  • « Je n’aime ni le bonheur qui se vend, ni le 'hold-up' de la joie. La liberté, par contre, j’y crois ! »

    Ven 27 novembre 2020

    Quatre dimanches de l’Avent… et quatre personnes qui prennent la plume pour apporter une réflexion autour d’un mot qu’ils ont choisi. Ce dimanche 29 décembre, Robin Reeve, 56 ans, professeur à la HET-PRO, nous parle de LIBERTÉ. « Car Jésus est venu nous libérer de nos enfermements. »

  • Danser les lettres hébraïques comme une prière

    Lun 16 novembre 2020

    Gestuelle méditative basée sur les lettres hébraïques, la Téhima est enseignée à Renens (VD). Dans cette discipline chorégraphique, le corps se meut telle la plume d’un calligraphe. « Et l’on se trouve à la source du Verbe », explique Marc-Alain Ouaknin, philosophe, écrivain et rabbin français, dimanche 15 novembre, au micro de Gabrielle Desarzens dans l’émission Hautes Fréquences.

  • De multiples paroisses responsables

    Lun 02 novembre 2020

    Les faitières des Eglises de Suisse - dont le Réseau évangélique suisse - soutiennent l’initiative pour des multinationales responsables. Est-ce légitime ? Les églises peuvent-elles ou doivent-elles se mêler de politique ? Si les avis divergent, « le pasteur ou le curé ne doit surtout pas donner de mot d’ordre en matière de votation », a estimé dimanche 1er novembre dans Hautes Fréquences Claude Ruey, ancien conseiller d’Etat PLR. Il votera pourtant oui.

  • «Sophie Pétronin, une mère tirée des sables» par Gabrielle Desarzens

    Lun 26 octobre 2020

    Sophie Pétronin, 75 ans, otage française au Sahel, a été libérée jeudi 15 octobre. Son fils, Sébastien Chadaud Pétronin, a lutté 4 ans pour sa libération. Dans Hautes Fréquences, dimanche 25 octobre, il parle des retrouvailles avec sa mère et revient notamment sur la conversion de celle-ci à l’islam et sur le décès présumé de la Suissesse Béatrice Stockly.   

eglisesfree.ch

eglise-numerique.org

point-theo.com

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !