«Mariage pour tous»: le suivisme de Gottfried Locher, numéro 1 des réformés suisses

Serge Carrel lundi 19 août 2019 icon-comments 2

Le no 1 des réformés suisses relance dans l'ensemble des Eglises le débat autour du « mariage pour tous ». A près de 2 mois d’un important débat au sein de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (1), le pasteur Gottfried Locher dévoile ses convictions privées à un quotidien zurichois. D’un seul coup d’un seul, il met couples homosexuels et hétérosexuels sur le même pied, et du point de vue civil, et du point de vue ecclésial. Décryptage du journaliste Serge Carrel.

Mais quelle mouche a donc piqué Gottfried Locher, le président du conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse ? Vendredi dernier, dans une interview au Tages Anzeiger (2), il franchit en un seul et unique article plusieurs seuils qui mettent sur le même plan couples hétérosexuels et de même sexe, tant du point de vue civil que religieux.

Complète égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels

Pour lui, dans la législation helvétique, le « partenariat enregistré » doit laisser la place au « mariage civil pour tous », comme le demande actuellement une iniative parlementaire. Et les Eglises réformées devraient reconnaître ce type d’union en la bénissant. Ce qu’elles ne font pas encore toutes dans notre pays ! De plus en interne, ces Eglises devraient assimiler du point de vue de leur réflexion éthique cette union civile à un mariage (« Ehe »), un terme qui, pour beaucoup jusqu’ici, était réservé aux couples hétérosexuels.

Le numéro 1 des réformés suisses franchit encore un autre seuil : il souhaite que les Eglises à la destinée desquelles il préside ne mettent plus en place des « bénédictions pour couples partenariés », mais de véritables célébrations de mariage pour les couples homosexuels, parce que le distinguo entre bénédictions (« Segnungsgottesdienst ») et célébrations de mariage (« Trauungsgottesdienst ») n’a plus lieu d’être, le propos étant « difficile à fonder théologiquement ».

2000 ans de réflexion sur le mariage balayé !

Non seulement Gottfried Locher balaie d’un revers de main les compromis laborieux mis en place par des Eglises cantonales comme l’Eglise réformée vaudoise, mais en plus il lance encore que, du point de vue théologique : « L’homosexualité correspond à la volonté créationnelle de Dieu » ! Dès l’origine, l’homosexualité serait dans le plan de Dieu et un mode de conjugalité créé par Dieu.

On en reste sans voix ! Près de 2000 ans de tradition chrétienne sur le mariage, près de deux millénaires de lecture et de réflexion éthique autour de Genèse 2. 22-25 et Matthieu 19 sont effacés… balayés par quelques lignes dans une interview confiée à un journaliste alémanique !

Une incapacité à entrer en post-chrétienté

Comment en est-on arrivé là ? Le théologien Gottfried Locher le dit bien dans cette interview : « Si l’Etat s’ouvre au mariage des couples de même sexe, je ne vois aucune raison de ne pas le suivre... Les Eglises réformées feraient bien de prendre au sérieux le consensus social... » Suivre l’Etat, suivre la société dans ses évolutions, c’est le fondement de ce propos et du libéralisme théologique affiché par le président de la FEPS. Ce n’est plus la Bible – et son regard critique sur nous-mêmes et notre société ! – qui constitue le fondement de la foi chrétienne et la référence ultime en protestantisme, mais l’opinion publique de la post-chrétienté. Celle-ci vient dicter aux chrétiens ce qu’ils doivent penser dans leurs réflexions éthiques, mais aussi ce qu’ils doivent mettre en œuvre dans leurs célébrations religieuses.

Une autre voie est possible. Critique, fidèle au bon dépôt… et évangélique (3) !

Serge Carrel

Notes
3 Voir différentes contributions évangéliques à ce débat:

2 réactions

  • Jean-Claude Vuffray arch.HES et ancien Municipal de la ville de Nyon samedi, 24 août 2019 14:17

    Il est inadmissible qu’un président prenne publiquement une position sur un sujet qui n’est pas encore débattu au sein du Conseil qu’il dirige. C’est un Abu de droit et une grave faute d’honnêteté, comme si les présidents des autorités politique faisait de même avant toute décision de leurs conseils respectifs. C’est une forme de manipulation scandaleuse et inacceptable. La seule suite logique c’est que M.G.Locher donne sinedie sa démission. Rien ne l’empêchera de prendre la direction d’une église « Déformée ». Cela fait plus de 3000 ans (et non 2000) que la Bible décrit cette position comme une « abomination »! Tout le reste est de la contestation et du bavardage.
    J’ai du reste écris personnellement dans sens à G.Locher lors de la parution de ses déclarations publiques. Ceci n’en n’est qu’une confirmation.

  • Olivier Fasel dimanche, 25 août 2019 07:34

    Le représentant des églises réformées suisses prend position pour « le mariage pour tous », suscitant un tollé dans les rangs chrétiens engagés pour le mariage dans sa compréhension traditionnelle.

    Je trouve la démonstration de M. Gottfried Locher de mauvaise qualité, une incompétence intellectuelle que je sanctionnerais d’une note insuffisante, à recaler aux examens !
    De manière générale aussi je trouve le débat lassant tant les confusions sont triviales.
    Le combat des militants pour que les églises reconnaissent et valident et bénissent et célèbrent les unions homosexuelles est affligeant.
    En effet :
    C’est comme si les passionnés de football exigeaient dorénavant qu’au rugby on joue avec un ballon rond, qu’on abandonne les règles de la passe arrière et de la mêlée, on qu’on introduise les subtilités du hors-jeu. Voilà, tout est dit, et je pense que de cette manière l’absurdité des revendications des partisans d’un « mariage » gay est plus compréhensible.
    Derrière « mariage » il y a un référentiel biblique, où les textes fondateurs décrivent clairement que le concept de « mariage » c’est un couple dont l’un a un organe pénétrant, l’autre un organe pénétrable, pour permettre l’échange du patrimoine génétique de chacun, afin de pro-créer, c’est-à-dire accomplir le pro-jet de créer un nouvel être humain.
    Le projet que la société civile légitime est différent : tout en incluant celui du « mariage », il tient compte des revendications justifiées des couples de même sexe, et propose le « partenariat enregistré », ceci afin d’abolir une criante injustice : les couples de même sexe ont parfaitement le droit d’inscrire leur projet dans une société libérale comme la nôtre occidentale.
    Je prendrais un exemple, il est tragique. Deux messieurs, en couple depuis 28 ans, vivent un drame, l’un d’eux se meure d’un cancer. La famille du malade s’est acharnée à combattre, à dénoncer cette relation, et à présent que la maladie sépare les deux amants fidèles, celui qui reste seul est écarté, doit quitter l’appartement qui était au nom de son compagnon, et une longue et pénible et onéreuse bataille juridique va le mettre en faillite avant de pouvoir récupérer les quelques biens qui rappelleront le souvenir de leur longue vie commune. C’est une injustice que la société civile occidentale a désormais bannie, et c’est heureux.
    Mais chercher à nommer ce type de conjugalité un « mariage », on doit s’y opposer !
    La société civile doit proposer un autre terme, car « mariage » trouve sa définition dans le christianisme de tradition biblique. Et c’est à hurler de devoir parler désormais de « tradition biblique » pour identifier une église, car depuis les dérives de la théologie réformée, il existe une église de tradition non biblique, ce qui semble être le cas de l’église que certains nomment, non sans humour, l’église Déformée pour parler de l’évolution de l’église Réformée. Certes le terme « église » n’est pas limité aux seules traditions chrétiennes, pour preuve la scientologie. Et j’ai bien peur qu’à comparer, les Mormons et les témoins de Jéhova sont dorénavant plus bibliques que les réformés ! Dommage !
    Finalement je trouve les débats, bien que nécessaires, navrants et lassants, à cause de la confusion que sèment ceux qui ne veulent plus retenir la définition originale du terme « mariage ». C’est un manque de respect, un manque même d’honnêteté intellectuelle.
    J’invite M. Locher à essayer d’imposer un ballon rond et les règles du hors-jeu à une compétition de rugby… et j’imagine qu’un unique placage lui remettra les idées en place !

Opinion - avertissement

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