«Virage missionnel: le mandat de faire des disciples» (4) par Daniel Liechti

Daniel Liechti jeudi 18 mars 2021

Le développement de l’Eglise passera avant tout par la formation de véritables disciples de Jésus-Christ, capables d’engendrer à leur tour d’autres disciples (1).

 

De toute éternité, Dieu désire être connu, reconnu et en relation avec l’humanité. Dans ce but, il a créé les bases qui rendent cette mission possible et il a demandé à Jésus d’être le « missionnaire en chef » de son projet. Ensuite, observons comment Jésus met en pratique la mission que le Père lui a donnée : il fait des disciples !

L’Evangile de Matthieu est le meilleur manuel de discipulat à notre disposition. Nous voyons Jésus appeler ses premiers disciples et leur dire : « Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mt 4.19). Nous sous-estimons la portée de cet exemple.

Pour beaucoup de chrétiens, le terme « disciples » fait penser à une option dans la vie chrétienne ou à une formation en quinze leçons. Mais Jésus commence son ministère en mettant l’accent sur un tout autre point : « Suivez-moi ! Mettez-vous en route ! Apprenez à me connaître et à m’obéir ! Vous êtes en relation avec moi ; je fais de vous des pêcheurs d’hommes ». Le discipulat n’est pas une méthode de plus. Il est au cœur de l’oeuvre de Dieu dans l’Eglise et dans le monde.

De même, à la fin de l’Evangile de Matthieu, nous voyons que Jésus termine son ministère terrestre en commandant : « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples ! » (Mt 28.19). Ce que Jésus met en œuvre en vue du salut du monde passe par le discipulat. L’Eglise doit s’en inspirer profondément !

Faire des disciples : la clé du développement de l’Eglise

Lorsque nous parlons de discipulat, nous évoquons un processus qui commence avant la conversion et se poursuit durant toute la vie. Comment nos Eglises peuvent-elles favoriser cela ? En fait, nous devons avant tout développer une culture du discipulat dans nos communautés. En effet, dans notre société post-chrétienne, les conversions spontanées dans le cadre d’un événement d’évangélisation se font très rares. Cela nous pousse à nous remettre en question et à revenir à des pratiques théologiquement plus fondées : le discipulat.

Lorsqu’une personne devient chrétienne, elle devient obligatoirement un disciple. Mais, en fait, le discipulat commence avant la conversion. Il commence déjà lorsque des non-chrétiens voient des chrétiens et leur manière de vivre la foi. L’Eglise doit donc proposer des cultes et des études bibliques ouverts, afin que croyants et non-croyants puissent s’y sentir à l’aise et découvrir comment suivre Dieu.

Un disciple n’est pas un évangéliste, même si l’Eglise a besoin d’évangélistes. Un disciple est une personne qui suit le maître et participe à la mission du maître en compagnie des autres disciples. En fait, les disciples avancent toujours en groupe pour être efficaces.

Une idée contraire à la Bible circule : il serait possible d’être chrétien sans être disciple. Certains pensent qu’il est possible d’être converti, de fréquenter une Eglise, sans être encore disciple. En fait, c’est l’inverse qui se passe : c’est en étant disciple que nous devenons chrétiens, c’est-à-dire que nous ressemblons de plus en plus au Christ.

A cause de l’absence d’une culture du discipulat dans nos Eglises, nous croyons qu’un disciple est une sorte de petit théologien qui a suivi avec succès ses quinze leçons. Mais nous devons corriger cela et développer une culture du discipulat centrée sur l’essentiel. Un disciple, quels que soient ses dons, ses aptitudes et son ministère, est avant tout appelé à inscrire son action dans la mission de Dieu, à poursuivre cette mission avec Dieu, en vue du développement du Royaume de Dieu.

Si nous créons une culture du discipulat dans nos Eglises, nous réfutons l’erreur selon laquelle il serait possible d’être un « chrétien de base » et, plus tard, éventuellement, d’entreprendre une formation afin de devenir disciple. Le discipulat est au cœur de la vie et de la croissance de l’Eglise.

Formation de disciples : elle n’est pas réservée au pasteur

Le premier endroit où, mon épouse et moi, avons commencé un ministère d’implantation d’Eglise était une petite ville du nord de la France. A cette époque, Dieu a permis qu’il y ait un réveil parmi les lycéens. Nous avons accueilli une jeune fille qui avait quitté la drogue au moment de sa conversion. Elle partageait sa foi auprès de ses copains et de ses copines. Plusieurs sont devenus chrétiens.

La jeune fille nous a ainsi confié des nouveaux convertis, afin que je m’en occupe. J’ai formé ces jeunes, puis je les ai baptisés. Mais je me rends compte que je n’aurais pas dû agir ainsi. J’aurais dû expliquer à la jeune fille : « C’est toi qui vas accompagner ces jeunes. Moi, je vais te former dans ce but. » En m’occupant moi-même de ces nouveaux convertis, j’ai perdu du temps.

Dans l’Eglise, il existe des ministères spécifiques permettant de développer toutes les facettes du Royaume : prédication, relation d’aide, etc. Mais il ne faut pas confondre ces ministères avec le discipulat de base qui permet à tout chrétien, disciple de Jésus-Christ, d’accompagner une autre personne sur le chemin de la foi. La responsabilité du pasteur n’est pas de s’engager dans le discipulat de base, mais d’aider les disciples à faire et à accompagner d’autres disciples. C’est ainsi qu’on développe une culture du discipulat dans une communauté.

Les pasteurs sont là, non pour s’occuper de chaque disciple, mais pour favoriser le développement du discipulat dans la communauté, y compris en dehors de la présence du pasteur. Sinon, la capacité de développement et de multiplication de l’Eglise se limite au temps disponible du pasteur.

Discipulat : l’obéissance précède la connaissance

Lorsque nous formons des disciples, sur quoi insistons-nous ? Trop souvent, nous mettons l’accent sur les connaissances bibliques, dogmatiques, théologiques, et nous négligeons le reste. Pourtant, ce qui est au cœur du discipulat n’est pas la connaissance, mais l’obéissance. C’est l’obéissance d’une fille ou d’un fils accueilli par Dieu et envoyé : « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples ! » (Mt 28.19).

Ainsi, lorsque nous voulons faire des disciples, ne commençons pas avec l’étude de manuels et l’organisation de soirées d’enseignement. Commençons en aidant ces disciples à comprendre qu’ils ont été acceptés dans l’équipe missionnaire de Jésus. Quant aux pasteurs et aux Eglises, ils ont pour mission de proposer un environnement propice à la croissance des disciples de Jésus-Christ, lorsque l’Eglise est réunie et lorsqu’elle est dispersée.

Comment accompagner une personne qui vient de se convertir ? Au lieu de l’encombrer de connaissances théologiques, aidons-la à être témoin dans sa famille et dans son entourage, à obéir, à découvrir et à mettre en œuvre les dons que Dieu lui a donnés. Lorsqu’une personne se convertit, elle a déjà un témoignage à partager dans les heures qui suivent. Il est donc très important qu’elle soit accompagnée par un autre disciple. Viendra ensuite le moment où, parce qu’elle est devenue un disciple obéissant, elle aura besoin de fortifier son service chrétien grâce à un savoir théologique.

Le Royaume de Dieu et « mon royaume » personnel

Dans l’Evangile, on découvre qu’il existe une tension entre ce qui constitue le Royaume de Dieu et ce qui constitue « mon royaume » personnel. L’histoire du jeune homme riche (Mt 19.16-23) illustre bien cette tension.

« Mon royaume », c’est un ensemble de valeurs, de choix et de projets que chaque être humain, croyant ou non, construit naturellement depuis sa plus tendre enfance. Cet ensemble est fondé sur des circonstances et des expériences de vie formatrices. Ce « royaume » personnel est composé de belles réalisations, mais aussi de choix mauvais et regrettables.

A côté de « mon royaume » personnel se trouve le Royaume de Dieu, composé de valeurs souvent bien différentes. Et les disciples de Jésus sont appelés à conformer les valeurs de leur « royaume » personnel à celles du Royaume de Dieu : un travail difficile !

Mais il existe un grand malentendu à ce sujet dans nos Eglises. Beaucoup de croyants pensent que le discipulat est en option et qu’ils peuvent adapter les valeurs du Royaume de Dieu à celles de leur « royaume » personnel. Ils prient : « Jésus, ne me laisse pas seul ! Bénis mon royaume ! Répare ce qui est cassé ! Rétablis ce que j’ai mal construit ! Mais ne change pas mes valeurs, mes projets et mes choix ! » Beaucoup de chrétiens croient en un Dieu destiné à assurer leur confort : mon Dieu qui m’aide et m’accompagne, ma Bible, mon culte personnel… et c’est tout ! En fait, ils pensent faire œuvre de charité en accueillant Jésus dans leur propre « royaume ».

Regardons quels sont nos principaux sujets de prières. Ils tournent autour de nous et de nos besoins. Nous avons bien sûr le droit de présenter à Dieu nos besoins : « Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin » (Mt 6.11). Mais nos prières ressemblent souvent à des listes de courses. Et nous savons à l’avance tout ce que nous voulons.

Mais un disciple ne demande pas à Dieu de venir bénir son « royaume » personnel. Il comprend qu’il est invité dans le Royaume de Dieu. A ce titre, ils participe au projet de Dieu de faire des disciples qui feront à leur tour d’autre disciples, à travers les générations et les nations. Parfois nos programmes de formation de disciples échouent, parce qu’ils n’expliquent pas clairement la différence entre le Royaume de Dieu et notre « royaume » personnel.

Mais lorsque les disciples comprennent bien leur mission, alors cela fait une différence autour d’eux. Dans l’une de nos Eglises en implantation, il a été question de déménager dans un autre quartier. Les voisins de l’Église ont réagi fortement en expliquant : « Si vous partez, nous, on est morts ! » Mais certaines Eglises pourraient déménager, et personne ne s’en apercevrait. Etre disciple, c’est incarner le Royaume de Dieu.

Développer un écosystème favorable

Les pasteurs et les responsables d’Eglise ont une possibilité extraordinaire de préparer leurs communautés à l’avenir : développer une culture du discipulat. Et pour développer cette culture, il faut commencer par créer un écosystème favorable. Dans ce but, voici un exemple d’écosystème permettant une culture du discipulat :

(1) Le culte. Il doit être un lieu d’adoration et de rencontre communautaire, pour soi et pour ses amis. Il doit être un lieu de ressourcement par la Parole et par l’Esprit, afin de véritablement donner corps à la communauté.

(2) Les groupes de maison. Ils constituent des lieux de vie intergénérationnels d’enseignement et d’intercession. Ces rencontres permettent le partage, le soutien mutuel, le cheminement des chrétiens et non-chrétiens. Ce n’est pas au culte, mais dans de tels petits groupes, que les chrétiens apprennent à partager leur foi et à développer leurs dons.

(3) Les mini-groupes de redevabilité. Ce sont des lieux d’exhortation à la croissance personnelle dans la foi et le témoignage. Dans de tels groupes, il est possible de s’engager à lire la Parole de manière assidue et à partager l’Evangile. Ces mini-groupes permettent de soutenir les chrétiens dans l’exercice de leur ministère, lorsque l’Eglise est en « mode dispersé ».

(4) Les ministères pastoraux. Ils sont exercés par des personnes ressources pour la formation des disciples et le discernement des vocations. Ils encouragent chaque disciple à servir Dieu et son prochain, et à faire d’autres disciples.

La différence entre une Eglise qui grandit et une Eglise qui stagne tient à de nombreux facteurs. Mais l’un d’entre eux, qui fait vraiment une différence, c’est l’écosystème développé dans la communauté.

Daniel Liechti

 

Note

1) Ce texte est l’adaptation écrite d’une conférence donnée par Daniel Liechti lors d’une retraite de la pastorale de la FREE en novembre 2018. Il fait suite aux articles « Virage missionnel : être chrétiens dans un monde qui ne l’est plus » (1), à « Virage missionnel: l'Eglise une communauté missionnelle » (2) et à « Virage missionnel: mission de Dieu et mission de l'Eglise » (3). La transcription de ces conférences a été réalisée par Claude-Alain Baehler.

  • Encadré 1:

    Daniel Liechti en bref

    Daniel Liechti est professeur en évangélisation et implantation d’Eglises à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, près de Paris. Il est également enseignant à l’Institut biblique de Genève, président de la commission d’implantation d’Eglises nouvelles du Conseil national des évangéliques de France, membre du Réseau de missiologie évangélique pour l’Europe francophone. Actuellement directeur du développement de l’Union d’Eglises Perspectives, il a été pasteur-implanteur en France, dans la région Hauts-de-France et dans la région parisienne.

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