Liban : le mariage précoce à l’index

vendredi 31 août 2018

Mariée à 13, voire 12 ans: c’est la réalité de toujours davantage de jeunes adolescentes syriennes victimes de la guerre. Rencontre au Liban avec quelques-unes d’entre elles.

Elles ont 16, 17 ans. Zaïnab, Ghadir, Khilfa sont assises ce matin-là à même le sol, sur un tapis d’une des pièces de l’immeuble désaffecté de la localité de Manana, proche de Tyr (sud Liban), où s’entassent de nombreuses familles syriennes. De larges foulards de couleur entourent leur visage. Elles l’ajusteront pour la photo de sorte qu’on ne voie plus que leurs yeux. « Je me suis mariée quand j’étais trop petite, exprime spontanément Zaïnab, 16 ans, une de ses deux filles dans les bras. Je ne savais prendre soin ni de moi ni de mon mari : j’avais juste envie de jouer ! » Et la jeune fille de poursuivre sans transition: « La vie sexuelle, je ne la connaissais pas. Et mon corps ne la supportait pas. Je conseille aujourd’hui à celles qui seraient tentées par le mariage avant 18 ans de ne pas le faire. » A ses côtés, Ghadir ajoute: « Quand tu te maries, tu ne continues pas l’école, tu ne vis pas ton enfance. Moi, j’aurais bien voulu continuer l’école. » Ghilfa parle, elle, de conflits avec son mari au début de leur vie de couple. Elle évoque aussi deux fausses-couches, avant de présenter ses deux garçons, dont un qu’elle allaite. L’autre a 4 ans.

Raisons financières et économiques

C’est l’ONG Terre des hommes Lausanne qui a organisé la rencontre. «Les conséquences sociales, psychologiques et affectives du mariage précoce sur les adolescentes sont dramatiques, résume l’attachée de presse Ivana Goretta. Ces toutes jeunes filles ne sont prêtes ni physiquement ni émotionnellement à devenir mères. » L’ONG sensibilise les parents et les communautés touchées par la crise syrienne à la nécessité de protéger leurs propres filles et apporte un soutien psychosocial et matériel aux jeunes mariées.

Selon une dernière étude menée en 2017, on a assisté à une hausse de 9% de ces mariages parmi les jeunes ressortissantes de ce pays depuis le début de la guerre en Syrie, mais aussi de 1,4% parmi les Libanaises. « Le mariage des enfants se conclut pour des raisons financières et sécuritaires: c’est une bouche de moins à nourrir et les parents reçoivent une dot de la part du mari » explique Nathalie Hobeika, juriste et avocate libanaise employée par l’organisation lausannoise.

Les réfugiés qui vivent dans des conditions difficiles pensent aussi que c’est mieux pour les filles d’avoir un homme qui les protège de toute agression, ajoute-t-elle. «Les jeunes filles qui se marient de manière précoce sont souvent issues de milieux défavorisés, lui fait écho Catherine Mourtada, une enseignante vaudoise installée depuis plus de 20 ans dans le quartier défavorisé Hey L’gharby du sud de Beyrouth, avec son association Tahaddi1. Les parents ont de la peine à trouver du travail. Les réfugiés qui se trouvent dans un pays étranger ont une peur plus grande qu’il arrive quelque chose à la jeune fille : qu’elle soit enlevée, ou qu’elle tombe amoureuse d’un jeune homme que la famille n’aurait pas choisi. » 

Il y a peu, une jeune femme de 22 ans, mère d’une enfant de 8 ans, est venue raconter à Catherine Mourtada que le jour de son mariage, alors qu’elle avait 13 ans, elle ne savait rien de ce qui lui arrivait : on l’a amenée chez le coiffeur, elle était contente d’être bien habillée, puis un de ses oncles est venu vers elle et l’a embrassée. « Ses parents lui ont dit qu’elle devait partir avec lui, qu’elle allait devenir sa femme. Dans la voiture, sa sœur l’a accompagnée et lui a dit ce que signifiait le mariage. Cela a été un traumatisme horrible. Ces mariages sont très rarement satisfaisants. Les filles doivent arrêter l’école, ne peuvent se former professionnellement. Beaucoup de femmes qui participent à nos cours d’alphabétisation, d’informatique ou de couture réalisent un rêve : celui d’acquérir des compétences qui leur permettront par la suite de gagner de l’argent, d’être financièrement indépendante. »

Donner une identité aux enfants à naître

Si la loi sunnite au Liban détermine pour le mariage un âge légal minimum de 17 ans pour la fille et de 18 ans pour le jeune homme, il reste du ressort des 18 confessions qui existent au Liban de marier les époux. Les juges religieux rencontrés disent désapprouver ces mariages d’enfants, comme le chiite Hussein Darwich et le Druze Fouad Hamdan. Mais ils sont parfois contraints de les célébrer.

Dans son salon qui surplombe la circulation compliquée de Beyrouth et où le climatiseur fonctionne à plein régime, le juge sunnite Mohamed Nokkari explique: « Il y a un an et demi, une fille de 12 ans est venue avec son futur mari; avec eux, oncle, père et grand-père. Ils ont déclaré venir de Syrie où ils ont l’habitude d’appliquer leur propre loi coutumière. Celle-ci leur donne le droit de marier leurs filles à partir de l’âge de 12 ans, m’ont-ils dit. Je leur ai répondu qu’ils étaient au Liban, où nous avons des lois et que je ne voulais pas marier l’enfant. Ils sont alors allés le faire auprès d’un dignitaire religieux dans la Bekaa ou à Balbeck. Ils savaient qu’à partir du moment où la fille serait enceinte, le juge religieux que je suis accepterait ensuite de reconnaître le mariage. Et c’est bien ce qui s’est passé : quelques mois plus tard, j’y ai consenti pour donner une carte d’identité à l’enfant à naître. » 
Récemment, les Nations Unies ont soumis au juge Nokkari 600 à 700 reconnaissances de mariages de Syriens qui n’avaient ni carte d’identité ni certificat de mariage. «J’y ai souscrit avec, à chaque fois, un double sentiment: un chagrin pour la fille qui n’a pas profité de sa jeunesse ; et un sentiment positif par rapport aux enfants à naître qui ne viendront pas au monde de manière illégale. »

Gabrielle Desarzens      

Cet article est paru dans les colonnes du Courier

 1 L’association Tahaddi est un centre éducatif et de santé

  • Encadré 1:

    Beaucoup de mariages dans les camps de réfugiés

    Le pasteur protestant évangélique George de Damas a l’habitude de visiter ses compatriotes qui vivent dans les camps en Egypte, Jordanie, Turquie et au Liban. « Le nombre de filles qui se marient avant dix-huit ans y a beaucoup augmenté après le début de la guerre », confirme-t-il. La cause économique mise à part, le mariage protège les filles de tout enlèvement ou harcèlement, explique-t-il dans la capitale libanaise. Et l’homme de citer une statistique faite dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie : « En 5 ans, de 2012 à 2017, le mariage de filles mineures y a doublé et concerne aujourd’hui 35% d’entre elles. Sans doute cette réalité est-elle la même dans les autres camps de réfugiés syriens comme aussi en Syrie, même si on n’y dispose pas de chiffres. »

    Le pasteur George se souvient d’une femme interrogée par un journaliste. Celui-ci lui demandait comment elle se sentait après avoir marié sa fille de moins de 18 ans à un vieillard. « Elle lui a répondu : quel serait ton sentiment si ton enfant crie qu’il veut manger et que tu n’as rien. Raconte-moi comment tu te sentirais, et moi je te dirais ensuite comment je me sens maintenant. »

    Une émission radio

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    vendredi 15 février 2019
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    Trois personnes différentes, trois époques différentes, trois circonstances différentes. Et pourtant, c’est la même question qui surgit dans les cœurs. Cette question  touche au sens de Noël ; et quand on touche au sens de Noël, on touche au sens de nos vies. Bonne lecture du conte de Gilles Geiser, pasteur à l’église évangélique de Châble-Croix (FREE) d’Aigle !

    jeudi 20 décembre 2018
  • « La véritable histoire de Noël »

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    Le début de l’hiver, c’est le début des veillées autour du feu. On s’est longtemps rassemblé au même endroit pour économiser l’huile et le bois, un moment propice pour se raconter des histoires. Philippe Henchoz, pasteur de l’église évangélique de Meyrin (FREE) vous propose ce conte pour votre veillée de Noël.

    jeudi 20 décembre 2018
  • Célébrer Noël... à quoi bon ?

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    Au-delà des cadeaux, des guirlandes et du sapin, il y a à Noël cette aspiration à une trêve intérieure. C’est du moins ce que pense le théologien et écrivain belge Gabriel Ringlet. Il sera l’invité dimanche 23 décembre à 11h de l’émission Babel, sur RTS Espace 2.

    mercredi 19 décembre 2018

eglisesfree.ch

  • Rencontre générale de la FREE : entre vision et moyens limités

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    Lors de sa dernière Rencontre générale, le 6 avril 2019, la FREE a montré le visage d’une fédération traçant son chemin entre ambitions spirituelles et moyens limités. Comme dit le proverbe : « Ne me donne ni pauvreté ni richesse ; accorde-moi seulement ce qui m'est nécessaire pour vivre, car dans l'abondance, je pourrais te renier et dire : ‘Qui est l'Eternel ?` Ou bien, pressé par la misère, je pourrais me mettre à voler et déshonorer ainsi mon Dieu » (Pr 30.8-9).

  • Commission Asie

    Jeu 11 avril 2019

    En lien avec les Œuvres et Eglises concernées et avec les autres commissions géographiques (Afrique-Moyen Orient et Europe), la commission Asie a pour objectif d'accompagner (écouter, conseiller, soutenir, encourager, visiter...) les envoyés avant, pendant et après leur engagement en Asie.

  • Offrande de printemps 2019: 3 projets à soutenir!

    Jeu 04 avril 2019

    Pour la deuxième année, et à la suite des 10 ans de la FREE, nous proposons aux membres des Eglises de la fédération une offrande de printemps destinée à soutenir plusieurs projets porteurs. Cette année, nous avons choisi des projets qui – chacun à leur manière – encouragent au témoignage de l’amour de Dieu envers notre prochain. En route pour un petit tour d’horizon…

  • Conférence et table ronde sur le discipulat durant la Rencontre générale du 6 avril à Bienne

    Jeu 21 mars 2019

    Samedi 6 avril, la FREE lance une formule améliorée lors de sa Rencontre générale de printemps. A côté du temps habituel d’assemblée générale – nous ne manquerons pas la traditionnelle présentation des comptes, c’est de saison – le Bureau de la Rencontre générale vous invite à un temps de conférence puis de table-ronde interactive autour d’une thématique contemporaine avec des acteurs et spécialistes du domaine: le discipulat. Un temps inspirant et participatif auquel est convié un large public de nos Eglises et au-delà, dès 14h à l’Eglise évangélique des Ecluses à Bienne. Bienvenue !

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