"De nouvelles pistes pour les groupes mission" par Michel Pétermann

mercredi 11 janvier 2006

« Dans les Eglises locales, on a trop longtemps limité le rôle des groupes mission à la prière pour les envoyés ! » C’est fort de cette conviction que Michel Pétermann, président de la Commission Afrique de l’Union des AESR, plaide pour un élargissement du champ d’action des groupes mission. Il a fait part de cette conviction le 15 novembre 2003 à Lavigny, lors d’un après-midi consacré au thème : « Les groupes mission, un stimulant pour l’Eglise ».

Les groupes mission sont de différentes sortes. Il y a ceux qui se constituent à l'occasion de l'envoi d’un ou d’une missionnaire. Le risque est alors de confondre la mission que Dieu a confiée à l'Église avec un groupe de « fans » d'un missionnaire. D'autres groupes mission se limitent à la mission au loin et pour des envoyés à plus ou moins long terme. Cet engagement louable entraîne souvent le désintérêt des jeunes qui ne s'identifient plus à cette mission « traditionnelle ». Quel que soit le type de groupe mission auquel vous participez ou ne participez pas… une question s’impose : un groupe pour quelle mission?

Elargissons notre conception de la « mission » !

Cette première question peut paraître saugrenue. Mais l’est-elle vraiment ? À voir le champ restreint confié à la plupart des groupes mission de nos Eglises, on se satisfait d'une définition très limitée de la mission. Pourtant les enseignements du Christ sont sans équivoque. La mission qui nous a été confiée se résume à deux objectifs généraux qui nous sont présentés comme les deux principaux commandements (Mt 22. 36-40) : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute intelligence » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Au Christ de préciser (Mt 28. 19-20) : « Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé ».
Si on associe généralement ce dernier verset à la mission, on oublie souvent les deux premiers commandements. D'ailleurs, si je me permets d'insister, c'est parce que, à ma connaissance, les seuls critères d'évaluation des objectifs que Dieu a pour nous sont intimement liés aux commandements d'amour. Et c'est au jugement dernier, nous dit la Parole, que notre mission de témoins du Christ sera évaluée avec les critères suivants : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… J’étais étranger et vous m’avez recueilli… J’étais nu et vous m’avez vêtu… J’étais malade et vous m’avez visité… J’étais en prison et vous êtes venus me voir… » (Matthieu 25. 31-46).
Nous ne serons pas évalués (jugés) avec d'autres critères de réussite que ceux-là ! Oui, nous devons faire des disciples ! Mais pas de n'importe quelle manière : seul l'amour est autorisé. Et cet amour se concrétise en donnant à manger, en donnant à boire, en accueillant l'étranger, en vêtant celui qui est nu, en visitant le malade et en allant voir le prisonnier.

Une ouverture à d’innombrables pistes

À mon sens, à la lumière de ces paroles, d'innombrables pistes s'ouvrent pour chaque groupe mission. Premièrement, on ne devrait plus se limiter uniquement à la mission à l'étranger ou au loin. Bien sûr, cette dernière est importante, mais elle ne suffit pas ! D'ailleurs, même le verset qui nous incite à faire des gens de toutes les nations des disciples ne nous limite pas à un travail à l'étranger. Une nation n’épouse pas forcément un territoire politique à l'étranger. C'est aussi un ensemble de personnes qui partagent une même culture. N’y a-t-il pas de telles communautés-nations en Suisse ?
Les théologiens sont généralement d'accord pour définir quatre motifs à la mission :
1. Annoncer la Bonne Nouvelle afin qu'il y ait des conversions individuelles !
2. Implanter des Églises dans lesquelles les convertis peuvent se réunir !
3. Participer à l'avancement du règne final de Dieu !
4. Chercher à promouvoir la justice dans le monde !
Les deux premiers motifs sont habituellement associés à la mission. Les groupes mission sont-ils aussi sensibles aux deux derniers motifs ? Croyons-nous que nous avons un rôle à jouer pour que les prémices du Royaume puissent être tangibles aujourd'hui ? Sommes-nous actifs pour promouvoir la justice ?
À voir avec quelle frilosité notre pays se replie sur lui-même, l’Eglise, corps de Christ, a du pain sur la planche. Nos Eglises, nos groupes mission se préoccupent-ils d'accueillir les étrangers ou les requérants d'asile ? Organisent-ils des visites aux prisonniers ? Etc.

Pour une mission ici ou ailleurs ?

Le champ d’implication du groupe mission se situe donc non seulement ailleurs ! Mais aussi ici ! Il est tentant, pour des raisons pratiques, de confier la mission ailleurs au groupe mission. Il est effectivement beaucoup plus compliqué de considérer que le groupe mission va se préoccuper de l’ici et de l’ailleurs. En effet, n'est-ce pas à l’ensemble de la communauté locale, avec ses responsables, de couvrir l’ici ? Mais le font-ils de façon structurée ? Bien sûr, il y a des réunions d’évangélisation, les cours Alpha Live...
Mais comment équilibrons-nous nos efforts entre l'ici et l'ailleurs ? Surtout lorsque les « responsables » s'occupent de l'ici et que le groupe mission (constitué « d’irresponsables » ?) s'occupe de l'ailleurs ! Ne sommes-nous pas souvent en présence de deux camps qui s'affrontent : le camp de la mission ici et le camp de la mission ailleurs ?
Et si les mêmes personnes, dans le même groupe mission, discutaient et priaient ensemble pour discerner la volonté de Dieu par rapport aux engagements ici et ailleurs ?
Croyez-moi, une telle structure mixte ne sera pas sans effets. En dehors du fait qu'il y aura un meilleur équilibre, une meilleure répartition des ressources financières et humaines, entre l'ici et l'ailleurs, cette nouvelle structure revalorisera une certaine mission apparemment empoussiérée. Et puis, tout naturellement, le groupe mission devra s'étoffer devant l'ampleur des tâches. Du coup, ce groupe ne sera plus uniquement constitué « d'anciens combattants »… D’ailleurs, les uns et les autres pourront s'enrichir en apportant au groupe leurs regards spécifiques sur le monde.

Pour une mission globale…

Ces développements impliquent une redéfinition du groupe mission. Voici trois questions auxquelles il importe de répondre :
1. Quelles responsabilités sont confiées ou déléguées au groupe mission ? Voici quelques exemples non exhaustifs. Le groupe mission pourrait :

  • Entraîner l’ensemble de la communauté locale (ou la Régionale d’Eglises ?) dans une réflexion théologique pratique pour construire la mission d’aujourd’hui, ici et ailleurs. Ne pas limiter les « cultes mission » à l’accueil d’envoyés au loin, mais présenter aussi des projets en Romandie (aumônerie, travail parmi les plus démunis, etc.).
  • Accompagner jeunes (et moins jeunes…) à discerner leurs vocations spécifiques de témoins de Jésus-Christ. Ne pas attendre que des membres de nos communautés présentent des projets missionnaires aboutis (qui ont été élaborés unilatéralement), mais susciter des vocations, soutenir et accompagner telle ou telle personne en recherche. Dieu a voulu l’Eglise corps de Christ pour que des relations se tissent entre les personnes. Á mon avis, des missionnaires qui « s’auto-envoient » n’entrent pas dans le plan de Dieu pour son Eglise et se coupent de riches bénédictions suscitées par les relations communautaires. Même si des projets communautaires s’élaborent plus lentement que des projets individuels, en bout de course, les résultats sont incomparables.
  • Créer les conditions qui permettent aux envoyés (ici et ailleurs), d’être et de rester en relation avec la communauté, la Régionale d’Eglises ainsi qu’avec les AESR/SME et d’autres œuvres. Même lorsque des envoyés s’engagent avec une mission qui n’a aucun lien formel avec les AESR, un accompagnement pastoral par la communauté locale est nécessaire. Ce n’est pas une œuvre missionnaire qui envoie, mais une Eglise !
  • Conduire des membres de la communauté locale sur les traces d’un envoyé en allant à sa rencontre sur le lieu de pratique de son ministère. Ceci non seulement pour être informés sur le travail missionnaire, mais aussi pour apprendre encore plus, autrement, sur Dieu et sur la façon de participer à la construction de son Eglise. De tels voyages permettent de créer des liens, des échanges, avec la communauté locale dans laquelle un envoyé s’est intégré. L’Église universelle prend alors une forme concrète et dévoile ses richesses dans la diversité des cultures et des pratiques. De ce fait, on bénéficie de l’expérience de l’envoyé ainsi que des membres de la communauté locale au loin, pour mieux pouvoir rencontrer l’étranger qui vit près de nous, parmi nous.


2. Dès lors, de quels dons, de quelles compétences et de quelles expériences doivent faire preuve (ensemble) les membres du groupe mission ? La force d’un tel groupe réside dans le partage des compétences. Et plus ces compétences se diversifieront, plus les mandats confiés pourront couvrir un large spectre de la mission. Si on ne veut plus se contenter de « suivre » un missionnaire, si on souhaite aussi accompagner un candidat dans son cheminement de discernement et être un partenaire du missionnaire ainsi que de l’œuvre qui l’emploie, les responsabilités déléguées et les compétences devront être en rapport. Mais trouvera-t-on des candidats pour de tels groupes mission alors qu’on a déjà parfois de la peine à faire vivre ces groupes avec des responsabilités très restreintes ? Oui, je le crois ! Ce sont moins les responsabilités qui rebutent, que le manque de sens qu’on pourrait trouver dans l’exercice d’un ministère et d’une vocation.
3. De quelle manière nomme-t-on ou reconnaît-on les membres du groupe mission auxquels on confie de grandes responsabilités ? Dans plusieurs de nos communautés, un ancien (ou un membre du Conseil pastoral) est « trié sur le volet » et sa vocation est ratifiée en assemblée d’Eglise. De même pour le caissier, les vérificateurs de comptes, etc. Mais qu’en est-il de la reconnaissance des membres du groupe mission ? Si nous croyons que le mandat qui leur est confié est essentiel, alors pourquoi ne les établissons-nous pas comme on le ferait pour un autre ministère ?
 
La façon dont une Eglise locale répond à ces trois questions reflète le niveau d'intérêt porté à la mission que le Christ nous a confiée.

Michel Pétermann

  • Encadré 1:

    Discussion d’un livre

    Le groupe mission d’une communauté locale peut aussi inscrire à l’agenda de la vie communautaire la discussion d’un livre. En deux ou trois rencontres, les participants font le tour du livre, mettent en avant ses forces et ses faiblesses. Puis organisent une rencontre avec son auteur, en chair et en os ou par téléphone, ou alors un débat avec diverses personnes particulièrement à l’aise dans la problématique abordée.

    « La princesse et le prophète », le dernier livre de Shafique Keshavjee, se prête particulièrement à cette expérience (Paris, Seuil, 2004). Avec en final le « programme », « 50 actions pour une autre mondialisation », il y a matière à réflexion et à discussion sur notre engagement chrétien en société.

     

  • Encadré 2:

    Organiser un marché TerrEspoir

    « Ce qui tire le mieux, ce sont les ananas, les bananes et les fruits de la passion ». Françoise et Jacky Gay sont membres du groupe mission de l’Eglise des Amandiers à Lavigny. Ils tiennent 3 à 4 fois par année un stand TerrEspoir à l’issue du culte. Ils vendent des produits directement importés du Cameroun et payés à un prix équitable aux producteurs.

    Pour alimenter ce petit marché solidaire, Françoise et Jacky remplissent un bulletin de commande une dizaine de jours avant l’échéance et le transmettent à la centrale de TerrEspoir à Bussigny près de Lausanne. Le vendredi qui précède le culte, ils se rendent sur place pour prendre livraison de la marchandise.

    Aujourd’hui, TerrEspoir fait venir chaque semaine 3 tonnes de mangues, d’ananas, de papayes et de bananes. Ces fruits, qui peuvent être frais ou séchés, approvisionnent des privés, des étals de marché ou des petits magasins spécialisés en Suisse romande. Le succès est renversant quand on sait que, voilà 10 ans, TerrEspoir, lancé par Pain pour le prochain et le DM-Echange et mission, importait 100 kg de ces produits chaque semaine.

    Au Cameroun, une centaine de familles de producteurs ainsi que 8 groupements de sécheurs vivent de la vente de ces produits, payés à un prix équitable, notamment grâce à l’absence d’intermédiaires.

    « Vendre les produits TerrEspoir dans nos Eglises, c’est un peu faire de la mission pratique ici dans notre pays, expliquent Jacky et Françoise Gay. L’avantage, c’est qu’on connaît les résultats et que la redistribution de l’argent se fait sans intermédiaire ! »

    Pour tout renseignement : 021 703 00 42 ou le site de TerrEspoir.

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